Chamanisme

Pourquoi le mot Chamanisme ou Chaman?

"Le terme « chamanisme » est un peu une imposture, parce que ce sont les anthropologues qui ont commencé à utiliser ce terme pour qualifier toute une série de pratiques (mystérieuses), mais le terme « chamane » vient de Sibérie à l’origine… C’est par l’usage que ce terme est devenu générique et populaire." Laurent Huguelit

En Amérique du Nord par exemple, le terme « chaman » est fort peu répandu. Les termes "Medicine people/Medicine men/Medicine women" ou "Personnes Médecine/Hommes Médecine/Femmes Médecine ou de connaissance" - sont davantage usités hors des communautés autochtones. A l’intérieur des communautés, ces mots ne s’appliquent que très rarement car faisant également l’objet de traduction depuis la langue anglaise et française par des anthropologues, ethnologues ou autres explorateurs européens.
Chaque culture traditionnelle, communauté, nation, ethnie, etc., d'où soit-elle, a son propre verbe, son/ses terme/s définissant ce personnage spécifique de la communauté reconnu comme intercesseur avec le monde des esprits et la nature.


"Le Chamanisme est un ensemble de pratiques développées pendant des millénaires pour communiquer avec les esprits de l’Univers.
Le point commun à ces pratiques, c’est qu’elles permettent d’atteindre un état modifié de conscience dans le but de nous relier aux esprits qui exerceront leur médecine de l’âme.
Les techniques utilisées pour atteindre cet état modifié de conscience varient. Selon l’environnement naturel et culturel dans lequel on évolue, on utilisera le son; battement du tambour, hochet, chants, ou alors des plantes de pouvoir en diète.
L’intention du voyage chamanique qui en résulte est de rencontrer son animal de pouvoir et de recouvrer les forces nécessaires pour se soigner, pour survivre aux nombreux défis que la vie nous lance.
Le chaman, mot d’origine sibérienne maintenant utilisé dans d’autres cultures, est la personne qui fait office d’intermédiaire suprême avec les esprits, justement parce qu’elle a été désignée par les esprits, a accepté de se mettre à leur service et de leurs consacrer sa vie, au risque de la perdre si elle refuse.
Le terme praticien chamanique est davantage utilisé en occident. Pratiquer le chamanisme au quotidien par de simples rituels (fumigations, diètes, travail au tambour) nous permet de nous reconnecter au vivant, aux plantes, aux minéraux, aux éléments qui nous supportent et nous englobent. Chamans, praticiens ou pratiquants, le but est d’avancer en harmonie sur un sentier de la vie qui nous ramènera chez nous." ©Galerie HOZHO Visions

Le Chamanisme, Médecine de la Terre, du Corps et de l'Ame
Tom Cowan, l’auteur de Shamanism as a Spiritual Practice for Everyday Life, croit quant à lui que tout le monde a les capacités d’accéder au monde des esprits en vue d’améliorer sa santé. Selon lui, ce qu’il appelle le chamanisme « pur » peut être intégré à la vie quotidienne actuelle, tout comme on le fait avec d’autres pratiques comme le yoga, la méditation ou la prière. Le chamanisme n’entre pas en conflit avec d’autres croyances religieuses. En fait, selon Tom Cowan toujours, il peut renforcer ces croyances. Le chamanisme enseigne tout simplement à faire l’expérience de niveaux plus élevés de l’existence et nous donne des moyens pour mieux vivre avec les niveaux de conscience moins élevés de la réalité.

Le chaman : un faiseur de miracle
L’élément le plus important et le plus caractéristique de la médecine traditionnelle amérindienne est sans contredit le personnage central qui la pratiquait, c’est-à-dire le guérisseur ou « chaman ». Le chaman pouvait atteindre un état de transe spirituelle grâce auquel il communiquait avec le monde invisible des esprits et faisait bénéficier les autres de ses expériences. Il jouait à la fois les rôles de médecin, de psychiatre, de prêtre, de devin, de magicien et de meilleur ami.

Les chamans avaient notamment pour tâche de diagnostiquer les maladies, ce qu’ils faisaient généralement à partir d’entretiens en profondeur comportant, entre autres, l’analyse des rêves. Ils animaient aussi des cérémonies de guérison rituelles dans les huttes de sudation. Ils pratiquaient l’herboristerie et donnaient des massages. Et, comme les médecins actuels, ils offraient à leurs patients une assistance et un suivi post-traitement.

C’est leur capacité de communiquer avec le monde des esprits qui faisait des chamans des personnages vraiment particuliers. La plupart des chamans découvraient leurs pouvoirs tôt dans la vie, à partir de visions survenues à l’occasion d’une transe profonde. Dès qu’ils recevaient un signe précurseur, ils s’engageaient dans un entraînement rigoureux, habituellement guidés par un autre chaman, afin de perfectionner cette conscience spirituelle exceptionnelle.

Les chamans pouvaient communiquer avec tous les esprits du monde naturel, notamment les esprits des plantes, des animaux, des saisons de même que ceux des éléments fondamentaux comme le feu, l’eau, la terre et la pierre. Au cours de longues séances comportant des chants, des paroles scandées, des percussions et des prières, et parfois après avoir consommé des plantes hallucinogènes, le chaman accédait à un état modifié de conscience. Ils invoquaient alors les esprits et faisaient appel à leurs pouvoirs de guérison.

Une des pratiques chamaniques les plus spectaculaires consistait à sucer, avec les lèvres ou à l’aide d’un tube fait de l’os creux d’un animal, un endroit du corps du malade pour faire mine d’en extraire un objet. Le chaman exhibait ensuite cet objet qui pouvait être un petit bâton, un caillou ou même un insecte et qu’il prétendait être la cause de la maladie. Une fois la « cause de la maladie » ainsi extirpée, le chaman assurait que le malade allait recouvrer la santé. "..."

Les Amérindiens avaient, eux-aussi, une foi profonde dans les pouvoirs de guérison de leurs chamans, et cette confiance était en soi un remède puissant. « Les gens avaient confiance dans le remède, alors le remède fonctionnait », écrivait un observateur du XVIIIe siècle. Et plus récemment, l’auteur de l’ Encyclopedia of Native American Healing, William S. Lyon, notait : « Mes propres recherches des deux dernières décennies m’ont permis de décrire de nombreux cas où les traitements chamaniques amérindiens ont réussi là où la médecine occidentale avait échoué ».

La pratique chamanique au quotidien
Le Dr Mehl-Madrona, qui est lui-même un chaman et un médecin reconnu, croit que tout individu porte en lui-même la capacité de se guérir. « Tout ce que le chaman fait est de permettre que cette capacité se réalise », affirme-t’il.

Dans son livre Coyote Medicine, il écrit que les traitements cérémoniels, tels que ceux utilisés par les chamans, sont les plus puissants qu’il ait connus. Selon lui, les gens ont besoin de cérémonies et de rituels dans la vie. « Peu importe la cérémonie, l’important c’est que le guérisseur aussi bien que le malade y croient. Pour guérir, il faut croire à cette possibilité de guérir, il fait croire à des forces plus grandes que ses propres forces. J’estime que tant les médecins que leurs patients auraient tout à gagner à prendre en considération les pratiques de guérison traditionnelles des Amérindiens. ».

Traditionnellement, les Amérindiens croyaient que seules certaines personnes avaient les aptitudes pour devenir chamans. Plus récemment, Tom Cowan, l’auteur de Shamanism as a Spiritual Practice for Everyday Life, croit quant à lui que tout le monde a les capacités d’accéder au monde des esprits en vue d’améliorer sa santé. Selon lui, ce qu’il appelle le chamanisme « pur » peut être intégré à la vie quotidienne actuelle, tout comme on le fait avec d’autres pratiques comme le yoga, la méditation ou la prière. Le chamanisme n’entre pas en conflit avec d’autres croyances religieuses. En fait, selon Tom Cowan toujours, il peut renforcer ces croyances. Le chamanisme enseigne tout simplement à faire l’expérience de niveaux plus élevés de l’existence et nous donne des moyens pour mieux vivre avec les niveaux de conscience moins élevés de la réalité.

Le voyage chamanique au son du tambour
Certains anciens chamans avaient parfois recours à des plantes hallucinogènes, mais Tom Cowan affirme que, pour atteindre un état modifié de conscience, on peut se contenter du son d’un tambour ou encore d’un lieu particulier. Entrer dans un état de relaxation profonde semblable à un état de transe, qui permet de communiquer avec le monde des esprits, est en fait à la portée de tous (et sans danger). Tout ce qu’il faut, c’est arriver à un état mental qui éliminera temporairement les interférences extérieures comme les sons, les sensations tactiles, l’inconfort physique ou les pensées vagabondes qui selon Tom Cowan, empêchent d’accéder à un état supérieur de contemplation. La transe chamanique est essentiellement une forme d’autohypnose par laquelle on délaisse les préoccupations quotidiennes et on laisse voyager l’imagination dans ce que ce spécialiste appelle « le monde des esprits de la réalité non ordinaire ».

Ainsi, pour faire l’expérience  d’un « voyage » chamanique léger, il suffit de fermer les yeux et de se mettre à tambouriner avec le bout des doigts, que ce soit sur un vrai tambour, sur une table ou sur toute autre surface sonore. (On peut le faire très doucement en cas d’arthrite ou d’autres causes d’inconfort)*. Tout en continuant les percussions, on imagine qu’on quitte le monde « réel » en parcourant un long tunnel au bout duquel on perçoit une lumière. Peu importe comment on imagine ce tunnel, il faut laisser aller son imagination ; mais la façon de tambouriner, elle, a une importance. Pour atteindre un état semblable à une transe, il fait adopter un rythme constant et régulier de 205 à 220 battements par minute (+/- 4 par seconde), pendant environ 10 minutes. « Il ne s’agit pas de faire de la musique, mais de produire une énergie sonore hypnotisante en vue d’introduire un état modifié de conscience » explique Tom Cowan.

Il ne faut pas s’attendre nécessairement à une révélation spectaculaire sur les grands mystères de la vie. On peut le souhaiter, mais il peut eu probable que cela se produise. Cependant, si l’exercice est fait en toute sincérité, il est à peu près certain qu’il produira des perceptions et des idées inhabituelles et même fascinantes. A tout le moins, une telle expérience chamanique est une excellente méthode de relaxation dans les moments de stress. Qu’on arrive ou non à un véritable voyage dans le monde des esprits, l’exercice permet de se détacher temporairement des préoccupations de la vie quotidienne. *existe également des CD de tambours chamaniques
Source "Médecine naturelle amérindienne, plantes et remèdes pour soigner le corps, guérir l’esprit et nourrir l’âme" ; Porter Shimer

Michael Harner, un pionnier de l'étude et de la pratique du chamanisme
Né en 1929 aux États-Unis, Michael Harner a enseigné l'anthropologie à l'université de Californie, Berkeley, ainsi qu'à Columbia, à Yale et à la Graduate Faculty de la New School for Social Research. Il co-dirigea également la chaire d'anthropologie de la New York Academy of Sciences.

Parmi ses publications, son livre La Voie du chamane, publié en 1980 aux USA sous le titre La Voie du chamane The Way of the Shaman, est considéré comme étant l'ouvrage qui a réintroduit le chamanisme en Occident, tout en rendant visibles des pratiques en voie de disparition dans les cultures traditionnelles.

Dès la fin des années 1950, il a étudié et pratiqué le chamanisme chez des peuples autochtones du monde entier et a découvert que les techniques utilisées partout sur Terre ont la même racine. Cela l’a amené à créer le Core Shamanism [chamanisme essentiel/fondamental ou core-chamanisme] qui incorpore les techniques de différentes traditions chamaniques afin de les rendre utilisables et accessibles aux habitants de la civilisation moderne. 

Les techniques du core-chamanisme sont enseignées par des enseignants agréés de la FSS. Dans les pays francophones d'Europe, ce sont Ulla Straessle et Omar Osman pour la Suisse romande, et Laurent Huguelit et Alexandra Viverge pour la France donnent les cours et séminaires officiels de la FSS, au Québec Louis Gauthier.



Le chamanisme, le son et la thérapie traditionnelle… par Dr Mitchell L. Gaynor, M.D
« Imaginez le pouvoir que possède le son pour réaccorder les différentes dimensions de notre être, qu’il s’agisse de sons produits par un tambour,  une flûte,  par la voix, un bol chant, ou quelque autre instrument. Les chamans le savaient depuis des siècles et nous commençons tout juste à le redécouvrir aujourd’hui. »

« Les chamans, qui étaient considérés comme des médiateurs entre le monde naturel et les plans spirituels, furent parmi les premiers à utiliser des rituels thérapeutiques basés sur le son. La tradition chamanique remonte à plus de cinquante mille ans et fut pratiquée partout dans le monde. De la Sibérie à l’Afrique, en passant par l’Amérique du Sud. Les chamans de toutes ces cultures utilisaient principalement le battement constant et répétitif d’un tambour ou de hochets pour entrer dans des états de conscience peur permettant, ainsi qu’à leurs malades, de vivre un véritable voyage mental les conduisant à retrouver la santé. « … »
Michael Harner, l’un des plus grands experts mondiaux du chamanisme, fut initié à cette pratique par un ancien chaman de la tribu indienne Jivaro des Andes équatoriennes. Dans son livre intitulé « The Ways of the Shaman » (La Voie du Chamane, Mama éditions), il écrit : « Le battement régulier et monotone du tambour agit comme un vecteur d’ondes permettant au chaman d’entrer dans un état de conscience altérée et d’être ensuite soutenu tout au long de sa route ». En Sibérie, les chamans de la tribu Tuva parlent souvent des battements de tambour qui les amènent vers d’autres mondes, grâce à des états de transe. Pour illustrer cela, ils utilisent l’image d’un cheval ou d’un canot… »… »
Le battement du tambour qui transporte le chaman à travers « les terres de pénombre » n’est pas seulement ici une métaphore ; il génère des transformations sur le plan physiologique. Au début des années soixante, le chercheur Andrew Neher qui a étudié les effets du tambour chamanique sur le système nerveux, a notamment découvert que son rythme régulier modifie l’activité de « plusieurs fonctions motrices et sensorielles du cerveau ». Il formula même une théorie selon laquelle ce phénomène proviendrait du fait que les nombreuses fréquences dont se compose un seul battement de tambour peuvent avoir un effet stimulant sur certains circuits neurologiques du cerveau. Il faut dire que cet organe peut recevoir un grand nombre de stimuli de ce genre « car les récepteurs sensoriels de l’oreille sont moins fragiles aux sons de basse fréquence qu’à ceux de haute fréquence. Ils peuvent donc par conséquent supporter de plus grandes amplitudes de son avant que la douleur ne se fasse sentir ».
Les recherches menées par Wolfgang Jilek, sur la danses chamaniques pratiquées par la tribu Salish du nord-ouest de l‘Amérique, confirme du reste l’hypothèse de Neher. En effet, il a découvert que la gamme de fréquence la plus communément utilisée, celle « censée être la plus efficace pour produire des états de transe », correspond à celle des ondes thêta. Le passage d’un état de conscience ordinaire à un état de transe chamanique est également facilité par la puissance des « chants de pouvoir » pratiqués par le chaman. Or ces derniers sont le plus souvent constitués d’une simple mélodie au rythme répétitif pouvant produire sur le système nerveux un effet similaire à celui de la respiration profonde qu’utilise le yogi lorsqu’il ralentit le battement de son cœur et de son pouls et qu’il passe en état de transe.
Dans une structure communautaire où chaque membre de la tribu tient une place essentielle, la maladie constitue un sérieux danger pour la sécurité et le bien-être du groupe tout entier. Aussi, il était dans l’intérêt du chaman et du malade qu’il y ait guérison. Dans ce processus, l’un des éléments-clés était toutefois la confiance mutuelle. Le patient devait faire confiance aux compétences du chaman, et celui-ci devait compter sur la bonne volonté de son patient quant à son investissement au niveau du travail thérapeutique. Ainsi, lorsque le chaman entrait dans un état de conscience altérée, au rythme répété du tambour, le malade se libérait, de son côté, de toute sensation de douleur, de peur et d’anxiété, pénétrant dans un état de calme et de sérénité de plus en plus important. Les praticiens modernes, et particulièrement les oncologues et les cardiologues qui travaillent avec des personnes confrontées à la mort, peuvent beaucoup apprendre de cette tradition chamanique.
Malheureusement, les médecins occidentaux ne montrent généralement que peu d’intérêts pour ce modèle antique de « partenariat » en matière de guérison, pas plus qu’ils n’en manifestent pour l’utilisation du son, seule ou en association avec la méditation, cette thérapie intégrant le corps, l’âme et l’esprit. A l’inverse, les chamans ont compris que la musique, le chant et la danse sont inextricablement liés et que leur pratique requiert diverses aptitudes physiques et mentales. Je considère que les interactions et l’équilibre nécessaires pour jouer de la musique reflètent la coopération harmonieuse qui existe entre les systèmes nerveux, endocrinien et immunitaire de tout corps en bonne santé. Rudolph Steiner, professeur et philosophe allemand, comparait de la même manière la maladie physique à un piano désaccordé. Imaginez alors le pouvoir que possède le son pour réaccorder les différentes dimensions de notre être, qu’il s’agisse de sons produits par un bol chant, par la voix, par une flûte, un tambour, ou quelque autre instrument. Les chamans le savaient depuis des siècles et nous commençons tout juste à le redécouvrir aujourd’hui. »
Source: Dr Mitchell L. Gaynor, M.D., La nature du son : le son et la guérison in "Sons de guérison, un médecin révèle le pouvoir thérapeutique du son, de la voix et de la musique"